Le compagnon dans son siècle
Depuis, la démesure de l'univers industriel a ramené - et ramène encore - vers le compagnonnage des jeunes à la recherche de la "connaissance", revenant aux sources des "vraies vertus" dispensées par le travail et l'œuvre.
En fait, la joie de vivre naît souvent de savoir créer avec ses mains, c'est-à-dire - aussi - de posséder un métier véritable, et ne pas être un individu interchangeable par manque de qualification professionnelle.
Un véritable métier, nécessaire à la vie matérielle, nécessaire aussi à l'accomplissement de l'être, est facteur d'équilibre social.
Dans ses écoles, le compagnonnage dispense à la jeunesse actuelle un enseignement lui permettant d'apprendre d'authentiques métiers d'une constante valeur marchande. Il cherche ainsi à former des techniciens qui, avant d'être les meilleurs de l'élite manuelle, sont d'abord des hommes véritables formés selon les plus hautes traditions des métiers du Bâtiment, ce qui leur permet d'accéder aux postes d'encadrement des entreprises.
Chaque individu possédant l'esprit compagnonnique peut atteindre, par l'exercice de son métier, la réalisation de l'intégralité de ses possibilités culturelles et spirituelles. C'est la réponse donnée par le compagnonnage à certaines questions du monde contemporain.
Les capacités du Compagnon à s'adapter aux changements et aux innovations sont manifestes sur le plan technique de son métier. Face à la machine, il n'éprouve jamais de sentiment d'infériorité, car sa formation fait qu'il se sait capable d'exécuter le travail qu'elle produit. La machine, fût elle un programme de traçage d'escalier sur ordinateur, reste à son rang d'instrument épargnant la peine et diminuant le temps d'exécution. Le Compagnon n'est pas réduit au rôle de simple servant, et c'est pour cela qu'il peut hardiment adopter les techniques les plus modernes. Maîtrisant parallèlement les savoir-faire anciens, il peut satisfaire l'exigence d'authenticité émanant de la clientèle face à l'envahissement du "prêt-à-jeter", même si le coût reste un frein à cette tendance.
Mais l'évolution des goûts de notre époque n'est pas toujours favorable à notre recrutement. Il en va ainsi des métiers du gros œuvre : charpente, maçonnerie, couverture, qui souffrent d'un préjugé défavorable dû à leur aspect pénible et salissant. Curieux temps que le nôtre, où l'on préfère un travail assis pour ensuite dépenser son énergie au milieu des gaz d'échappement ! La revalorisation des métiers manuels n'aurait pourtant pas de mal à trouver des arguments auprès de ceux qui les pratiquent avec passion. Encore faudrait-il que leur message soit relayé par les médias...
Cette seconde moitié du XXème siècle connaît une telle accélération de l'évolution qu'il est difficile de se figurer ce que sera la société du siècle prochain et la place que pourra y tenir le compagnonnage. Gageons qu'il saura montrer que les valeurs qu'il représente ne peuvent tomber en désuétude. En ces temps de mutation si rapide, qui en "déboussolent" plus d'un, le compagnonnage se doit de garder le cap : celui qui lui a permis de traverser déjà tant de siècles.