CMO numéro 305 - janvier 2008
En ce début d'année, et quelques jours avant le nouvel an chinois, "Compagnons et Maîtres d'œuvre" vous propose justement de faire connaissance avec le patrimoine chinois et vous présente ses meilleurs vœux pour 2008.
RENCONTRE FRANCO-CHINOISE
Autour du patrimoine et de la formation…

Le mercredi 24 octobre les compagnons ont eu l’insigne honneur de recevoir une délégation chinoise au 161 avenue Jean Jaurès, un lieu historique du compagnonnage, pour une visite des chefs d’œuvre et pour aborder la partie historique du compagnonnage.
Cette délégation, émanant de la fondation Ruan Yisan, était accueillie par l’Observatoire de l’architecture de la Chine Contemporaine – Institut français d’architecture – Cité de l’Architecture et du Patrimoine, avec le soutien de l’Ambassade de France. Créée en 2006 à l’initiative personnelle du Pr Ruan Yisan pour promouvoir et soutenir la protection du patrimoine urbain, il s’agit d’une fondation bénéficiant de fonds privés, ne relevant pas d’un organisme d’Etat, fait peu commun en Chine. Ce séjour en France est l’occasion privilégiée de faire connaître les travaux de professionnels chinois menés par une poignée d’universitaires sur le terrain et de développer éventuellement de nouveaux potentiels de coopération, dans la logique du programme de coopération mis en place par l’Observatoire de la Chine contemporaine à l’IFA-Cité de l’architecture et du patrimoine avec des experts du Ministère de la Culture et de la Communication.Dans ce cadre, plusieurs rendez-vous sont privilégiés : sur le terrain en France avec la présentation de la Mission Val de Loire, mise en place à la suite du classement au Patrimoine mondial (projet territorial d’envergure), sur le fonctionnement des fondations, et sur des rencontres avec un réseau d’artisans via la Fédération compagnonnique.
Une rencontre que nous devons à madame Françoise Ged, responsable de l'Observatoire de l'Architecture de la Chine Contemporaine d'IFA - Cité de l'Architecture et du Patrimoine. Madame Ged connaît bien, comme sa fonction le laisse entendre, les particularités du patrimoine chinois, d’autant mieux qu’elle maîtrise la langue de ce pays. Elle était accompagnée d’une de ses collaboratrices, Amala Marx qui maîtrise également le chinois.

Ainsi au chapitre des points communs, nous apprenons que depuis l’époque Ming (1368-1644), ce qu’il est possible de nommer « un compagnonnage » existe en Chine. Est-ce réellement une surprise ? Peut-être pas, tant il est logique de penser qu’un pays qui a été capable de construire des monuments d’une telle qualité devait avoir une organisation capable d’assurer la transmission des savoir-faire.
Enfin, la légende indique que Lugan aurait bâti un cerf-volant capable de porter un homme !
Concernant les différences, retenons la fameuse scie, qui coupe en tirant alors que presque toutes les nôtres scient en poussant*. Autre dissemblance, le contreventement des ouvrages, là, pas de liens mais plutôt un système de sablières doubles ou multiples et de consoles assemblées par emboîtement. La conception des ouvrages est également différente, jamais de blocage par chevilles, (ce qui explique l’absence de liens) des assemblages, ils doivent rester libres, et maintenus en place par des coins qui leur permettent de jouer en cas de déformations importantes limitant les risques de rupture.
Puis, nous avons effectué la visite des grands chefs d’œuvre, une visite qui marque toujours ceux qui les découvrent, même si « l’écrin » n’est pas à la hauteur des joyaux, ils impressionnent par leur taille, leur complexité et l’harmonie qui s’en dégage. Un temps fort qui a favorisé le dialogue entre gens passionnés.
Le repas a permis de continuer les échanges et c’est dans une ambiance détendue que nous nous sommes rendus à Saint-Thibaud-des-Vignes pour une visite des ateliers, sous la conduite des compagnons Marc Bourdais et Louis Lemenu, responsables du site. Tout au long de la visite, nous nous sommes employés à renseigner au mieux nos hôtes et avant de se quitter, une table ronde a permis d’aborder des points plus précis, comme les systèmes de financement des formations et l’origine des moyens employés pour les investissements tant immobilier qu’en matériel.
Autre paramètre perfide, le tourisme : il s’avère que le peuple chinois est sensible à son patrimoine, ce qui pourrait être une bonne chose, si, d’une part, l’afflux de personnes ne mettait pas les sites en danger et si d’autre part il ne poussait les gestionnaires de site à effectuer un ersatz de restauration afin d’appâter le touriste ! Autant de raisons qui ont présidé à la création, par le professeur Ruan Yisan d’une fondation attachée à la conservation du patrimoine.En conclusion, j’espère que nous pourrons aller plus loin dans ces échanges car indéniablement, il y a des choses à apprendre comme nous l’ont laissé entendre les confrontation lors des olympiades des métiers.
JPC
* A bien réfléchir, en matière de sciage en tirant, je ne connais que l’antique « passe partout », cette longue scie à deux qui servait à l’abatage et au débit des arbres. Avantageusement remplacé par la tronçonneuse, cet outil est devenu un objet de Musée.
Lien : Un article intéressant, traduit par Courrier International, sur l’évolution de la vision de leur patrimoine par les Chinois, les difficultés posées par la conservation et l’intervention du Pr. Ruan Yisan.

